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A la découverte du Jiseïdo

A la découverte du Jiseïdo

Un style de karaté qui n’abîme pas le corps tout en étant efficace ? 

Oui, cela existe ! Il s’agit du Jiseïdo. Un art martial à pratiquer sans modération…

Bonjour Richard. Peux-tu nous retracer ton parcours professionnel ?

Je pratique les arts martiaux depuis 1969. Je suis 9e dan en karaté et 4e dan en Tokitsu Ryu. J’ai été membre et entraîneur de l’équipe nationale. Je suis également certifié en kikô selon la méthode du Docteur Yayama et en chaînes musculaires GDS. Enfin, je suis formateur en gestion du stress et de la violence.

Tu enseignes le Jiseïdo. Quelles sont les particularités de ce type de karaté ?

« Jiseïdo » signifie « voie de réalisation de soi ». Dans ce style, on ne travaille pas de manière très formatée. Bien sûr, il existe un contenu technique, mais ce n’est pas le principal. L’objectif est la libération corporelle à travers les principes bio-mécaniques. Le karaté traditionnel consiste à reproduire des techniques formelles. On imite le maître, et la structure est fort hiérarchisée. En Jiseïdo, l’expression personnelle est possible car on est tous différents.

D’où provient ce style ?

Un maître japonais, Kenji Tokitsu, n’était pas satisfait du karaté japonais traditionnel. Il a alors fait de nombreuses recherches au Japon, à Okinawa et en Chine. Il a établi son style, le Tokitsu Ryu ou Jiseïdo, que l’on pourrait qualifier de syncrétique ; mais attention, il ne s’agit pas d’un bricolage !

Comment es-tu parvenu toi aussi à ce style ?

Pour ma part, je n’ai jamais fait entièrement comme les autres ; cela correspond à ma mentalité d’être plutôt rebelle… (rire) J’ai donc également exploré beaucoup de pistes dans mon karaté. Il y a 15 ans, j’ai été contacté par Vincent Leduc qui a introduit le Jiseïdo en Belgique. J’ai suivi un stage de Tokitsu et j’ai été enthousiasmé car il a trouvé ce que je cherchais à élaborer avec quelques longueurs d’avance ! Ensuite, j’ai également réalisé ma propre synthèse en y introduisant du kikô (Qi Gong japonais) et les chaînes musculaires GDS.

Je suis toujours en processus d’interrogation et de découverte car, ce qui est intéressant, ce n’est pas de reproduire fidèlement et aveuglément les techniques d’un système mais bien de combiner les informations. On pourrait parler de « karaté spinozien » (rire). Je suis donc fidèle à la ligne du Jiseïdo tout en étant original !

Ce type de karaté permet-il de garder sa forme ?

Oui, il m’a permis d’éviter les problèmes d’usure et de santé dont souffrent souvent les karatékas qui s’entraînent beaucoup. Ici, on introduit une intelligence bio-mécanique : on emploie très fort la colonne et le bassin, comme en GDS, alors que dans les techniques classiques, on fait seulement travailler les membres. Ce sont le bassin et la colonne qui sont centraux ; en les mobilisant, on obtient de meilleurs résultats sur les parties périphériques du corps. On évite aussi de faire des abdominaux ou d’autres postures classiques dans lesquelles on force le corps.

Toute douleur, articulaire notamment, est un appel qu’il faut écouter ! Ainsi le grand écart de face est spectaculaire mais aussi très mauvais pour le bassin ! Il ne faut pas utiliser son corps à fond tout le temps ; il vaut mieux travailler à 75% de sa souplesse pour la conserver !

Y a-t-il des compétitions ? des katas (enchaînements codifiés, ndlr) ?

Il n’y a pas de compétition en Jiseïdo. Mais certains karatékas qui font de la compétition introduisent ces techniques : ainsi Pascal Vigneron, champion du monde, utilise le kikô et le Jiseïdo dans sa manière de pratiquer. Il n’y a pas beaucoup de katas en Jiseïdo. Souvent, en karaté classique, ce sont des exercices gymniques de démonstration et on a oublié leur signification. En Jiseïdo, les katas sont formateurs : ils permettent de retrouver une souplesse explosive en réalisant une reprogrammation neuro-musculaire du corps. Cette reprogrammation se fait lentement : on transforme peu à peu la consistance du corps. Ainsi le doux prépare le dur et le lent prépare la vitesse. Il ne s’agit pas d’apprendre de nouvelles postures mais, au travers de postures qui n’abîment pas la structure bio-mécanique du corps, on cherche à conscientiser le squelette sur les groupes musculaires utilisés et à utiliser plusieurs chaînes musculaires en même temps.

Une philosophie particulière est-elle sous-jacente ?

Il n’y a pas une philosophie imposée à laquelle il faut se convertir : vient qui veut. Le travail est d’abord corporel. La seule philosophie réside dans le mot « Jiseïdo » : il s’agit de faire grandir, d’améliorer, d’avoir le regard qui va dans toutes les directions tant sur le plan mental, que philosophique ou sociologique afin de parvenir à la « réalisation de soi ». Avec une bonne intégration corporelle, on pourra parvenir à une bonne intégration sociétale.

Merci Richard pour cette belle découverte !

 

Infos pratiques :

Directeur technique du style Jiseïdo : Vincent Leduc, région namuroise

0475/61.01.86

À Bruxelles (Uccle) : Richard Prospero

0485/61.43.48

Cours les lundis et jeudis de 19h à 20h30

Propos recueillis par Ariane Dandoy,

Naturopathe et professeur de yoga

Alliance de la naturopathie et du yoga, du reiki et de la réflexologie, pour un bien-être optimal

www.naturyoga.be

info@naturyoga.be