Le bio de supermarché est-il vraiment bio ?

Carrefour annonçait au début de ce mois « être la marque bio la moins chère de Belgique ». Mais le bio est-il compatible avec des produits bradés, irrespectueux des producteurs locaux et de l’environnement global ?

Carrefour n’y a pas été par quatre chemins pour annoncer sa nouvelle politique bio : « Nous allons poser l’acte de proposer, en marque Carrefour, les produits bio les moins chers du marché. Cela signifie que nous garantissons que le prix de ces produits est non seulement moins cher que celui des concurrents en bio, mais aussi moins cher que les produits non-bio. » La promesse de l’enseigne semble alléchante. Et promet être CARREMENT moins chère que les produits non bio…

Cette annonce en grandes pompes n’a pas tardé à faire grincer des dents. Notamment celles du Collège des producteurs wallons. Dans un communiqué diffusé dans la foulée, celui-ci « s’interrogeait sur la motivation de cette annonce et le risque que cette stratégie faisait peser sur les producteurs bio wallons ».

Moins cher, plus polluant, moins respectueux des producteurs…

Le lancement d’une guerre des prix bas dans le secteur bio n’est pas sans conséquences : en effet, les importations vont augmenter au détriment des productions locales.

Cela signifie une énergie grise décuplée (plus de déplacements, plus de pollution… plus de non-sens) en défaveur des producteurs locaux dont la pression sur les prix risque de s’enflammer.

Or, le bio, le vrai, respecte le travail de nos agriculteurs en leur payant le juste prix. Cette annonce du « prix plancher » risque bien de déstabiliser une économie équitable qui venait tout juste de se mettre en place dans un monde en quête de sens.

Peut-on encore parler de bio et de respect de l’autre dans un tel contexte ?

 

Faire du profit ou prendre soin de l’humain ?

Les grandes surfaces ont un seul objectif : dégager des profits. Elles ne pouvaient donc rester les bras croisés face à la déferlante bio.

Elles ont de fait déployé leurs méthodes pour conquérir ce marché florissant. Malheureusement, leur stratégie est à l’opposé de celle des petits commerces locaux.

Là où ces derniers privilégient le local et le respect des producteurs, les grandes surfaces sont corps et âme vouées au sacro-saint profit.

Qu’importent la santé des consommateurs, la faillite des producteurs locaux et la mort annoncée des petits commerçants… Le supermarché sacrifie tout sur l’autel de la rentabilité.

Un acteur du bio s’interrogeait dernièrement: «Les supermarchés qui ont tué le petit commerce de proximité dans les années 70 vont-ils aujourd’hui remettre le couvert ? Leur course au plus bas prix risque à nouveau d’exterminer les magasins bio qui ont remis au goût du jour la qualité, la convivialité, la santé, et la survie du commerce de proximité plutôt que le profit des grandes multinationales.»

 

Faire fi de l’éthique…

La définition du bio est de consommer « sain, éthique et écologique ». Avec l’avènement du bio de grande surface, les aspects éthiques et écologiques sont balayés d’un grand coup de liasse d’euro.

En effet, le bio sous-tend que le producteur (et ses employés) soient correctement rémunérés dans un but d’équité.

Tout cela en évitant que les intermédiaires ne s’octroient de généreuses marges sur le dos des producteurs et consommateurs. Dans un même esprit, la traçabilité des marchandises est privilégiée.

Les conditions de production, de transformation, de transport et de distribution doivent également respecter l’environnement.


Avec le bio de supermarché, on effectue un virage à 180° : non seulement les producteurs locaux sont discriminés par rapport aux produits d’importation, moins chers, mais en plus ceux-ci polluent la planète en raison des transports au long cours qu’ils nécessitent, sans parler des tonnes d’emballages en plastique qui enveloppent les produits d’alimentation en dépit de tout bon sens…

De même, les intermédiaires se font plus nombreux, et la collectivité finance l’industrie plutôt que le commerçant local.

A savoir, avant de passer à la caisse !

Virginie Stassen

Virginie Stassen

"Journaliste depuis vingt ans, j’aime jouer avec les mots comme certains manipulent la terre glaise, donner du rythme aux lettres, du piquant aux phrases, de la saveur aux pages… Lorsque le contenu rejoint mon autre passion (le bien-être au naturel et le développement personnel), mes doigts galopent de bonheur sur le clavier. Le Bioinfo, que j’ai rejoint il y a quelques années déjà, m’offre ce privilège à travers son tandem de choc, Fanny et Naceur, que je remercie au passage. Chaque rencontre, toujours riche de sens, me voit sortir grandie."