«L’amour et la bienveillance sont les clés de l’excellence»

Scolairement parlant, la Belgique n’a pas très bonne presse au niveau européen. John Rizzo, issu du monde informatique, voue aujourd’hui sa vie à former les enseignants à une pédagogie « différente ». En septembre prochain, son École du Dialogue ouvrira ses portes à Bruxelles.

 

John Rizzo, comment êtes-vous passé de l’informatique à l’enseignement?
Mon job consistait à enseigner l’informatique de façon performante à des adultes dans les entreprises. Une fois que j’ai revendu ma start-up, je me suis demandé ce que je voulais faire du reste de ma vie.

J’ai eu envie de savoir si ma méthode fonctionnait auprès des enfants, avec d’autres matières que l’informatique.

La pédagogie est ma deuxième passion. Je suis alors devenu instituteur… J’ai écrit un livre sous forme de roman, «Sauvez l’école», sur mes erreurs et réussites, pour inspirer les enseignants… Mon objectif était d’atteindre un niveau plus élevé. Cela a fini par fonctionner…

Puis, vous avez visité des écoles à travers le monde entier…
Oui, je voulais les conseiller… J’ai remarqué que l’on pouvait donner toutes les conférences possibles, la seule chose qui fonctionnait vraiment, c’était l’expérience sur le terrain… En visitant ces écoles, j’ai noté des récurrences.

J’ai compris qu’il valait mieux parler de principes et non de méthodes… Des principes que l’on peut appliquer différemment selon les cultures, le type d’enseignement, qu’il soit public ou privé etc. Ceux-ci sont basés sur cinq valeurs…

De quelles valeurs s’agit-il?
L’excellence, tout d’abord. Cela signifie que le professeur nourrit des ambitions pour chacun de ses élèves et va l’inciter à se dépasser. L’amour, la bienveillance et la joie en sont le moteur d’apprentissage sur le long terme.

La deuxième valeur est l’erreur instructive. Cela signifie que l’erreur est une réjouissante façon d’apprendre et non une « faute ». D’ailleurs, pour apprendre, nous sommes obligés de sortir de notre zone de confort et donc de nous tromper.

La troisième valeur est « l’empowerment » ou « empouvoirement » en canadien, ou plus simplement encore la « responsabilisation ».

Cela induit que l’élève choisit la matière qu’il va travailler, que ce soit du français ou de la trigonométrie. Il va aussi décider de la manière : vidéo, explications d’un copain ou passage d’un test. Il s’autonomise.

La quatrième valeur est l’entraide. On parle alors de pédagogie collaborative, ce qui répond aux besoins sociaux de l’être humain.

Les camarades de classe sont autant de professeurs potentiels pour chaque élève. La cinquième valeur, enfin, est le dialogue ou capacité à comprendre l’autre, à ne pas se radicaliser, à nuancer. La meilleure façon de combattre l’extrémisme est la nuance et non le contrepied.

 

Quelle est la différence avec les écoles à pédagogie active telles que Decroly ou Freinet, ou encore les écoles scandinaves, qui récoltent également de très bons résultats?
C’est la désynchronisation. Cela signifie que nous n’obligeons pas tous les enfants à arriver au même chapitre le même jour à la même heure.

Concrètement, nous lâchons le cadre dans la façon d’apprendre pour que chaque élève devienne le pilote de son apprentissage dans l’optique d’objectifs précis.

Que faire face à un enfant qui refuse d’apprendre?
S’il s’agit d’un désintérêt ponctuel, nous allons creuser quel événement (par exemple familial) a pu entraîner un malaise dans sa faculté d’apprentissage.

S’il s’agit de paresse, par exemple parce qu’il a été cassé par l’enseignement traditionnel, nous allons reconstruire petit à petit sa capacité à l’effort. Les phases de travail se prolongeront de plus en plus avec pour point d’horizon le fait d’atteindre un objectif désirable lointain. Peu à peu, la capacité d’effort va se muscler.

Cela rejoint un peu le chien de Pavlov: on va réapprendre à l’élève à saliver devant l’apprentissage.

L’école du Dialogue ouvrira ses portes à Anderlecht en septembre prochain. Quelles seront ses particularités?
Nous accueillerons cette première année un maximum de 40 élèves, et jamais plus de 100. Notre but premier est d’être un modèle européen. Il était nécessaire de créer un «laboratoire» illustrant notre pratique.

Mon rêve est que nos écoles francophones redeviennent des modèles inspirants pour le reste du monde, comme c’était le cas dans l’entre-deux-guerres…

Nous avons été des pionniers en termes d’innovations pédagogiques et nous avons le potentiel de retrouver toute notre magnificence…

Que les parents dont l’enfant se trouve « sans école » ou qui n’en peuvent plus de l’enseignement traditionnel n’hésitent pas à prendre contact avec nous…


Infos
www.ecoledudialogue.be

Virginie Stassen

Virginie Stassen

"Journaliste depuis vingt ans, j’aime jouer avec les mots comme certains manipulent la terre glaise, donner du rythme aux lettres, du piquant aux phrases, de la saveur aux pages… Lorsque le contenu rejoint mon autre passion (le bien-être au naturel et le développement personnel), mes doigts galopent de bonheur sur le clavier. Le Bioinfo, que j’ai rejoint il y a quelques années déjà, m’offre ce privilège à travers son tandem de choc, Fanny et Naceur, que je remercie au passage. Chaque rencontre, toujours riche de sens, me voit sortir grandie."