Aromathérapeute et auteur, Julien Kaibeck a lancé un pavé dans la mare en fondant la Slow cosmétique, en 2012. Ce mouvement milite pour une cosmétique respectueuse de l’environnement et de l’homme. Une valeur dont l’industrie classique est, aujourd’hui encore, profondément éloignée…

Le parcours de Julien Kaibeck est pour le moins atypique. Rien ne prédestinait en effet ce jeune diplômé en sciences politiques, travaillant dans l’administration, à se tourner vers la cosmétique. « Suite à un burn-out, à l’âge de 24 ans, je suis parti en Californie sur un coup de tête. J’ai commencé à travailler dans un centre de soins de dermo-cosmétique où j’ai découvert les massages californiens, le botox, etc. Je trouvais toutes ces tech- niques passionnantes, mais un peu effrayantes. »

Rentré en Europe, il étudie l’aromathérapie et, fort d’un diplôme américain d’esthéticien de haut vol (dont il obtient l’équi- valence belge), il ouvre un centre d’esthétique pour hommes, rue Dansaert à Bruxelles. Dans le même temps, il continue à se for- mer à l’ITHMA (Institute of Her- bal Medicine and Aromatherapy) à Londres.

« En 2006, j’ai revendu mon ins- titut et j’ai eu une sorte de « déclic ». J’avais en effet accumulé énormé- ment de connaissances en matière d’aromathérapie, et je réalisais peu à peu que quelque chose ne tour- nait pas rond dans la cosmétique conventionnelle. Celle-ci mettait tou- jours en évidence un actif star dans ses formules – qu’il s’agisse d’huile d’argan, d’aloe vera ou de vitamine C, par exemple – dont la présence s’avérait marginale dans le produit, mais qui était en revanche noyé dans une mer de plastique, de pétrole, et d’autres produits chimiques néfastes pour l’environnement, et potentiellement pour l’homme. »

La Slow cosmétique est devenue une association avec un message précis :

« Il faut consommer moins mais mieux, et en pleine conscience ».

 

La Slow cosmétique, née d’un blog

Fort de ses découvertes, Julien Kaibeck crée un blog (www.les- sentieldejulien.com) en 2008 où il développe la Slow cosmétique, petit clin d’œil à la Slow food dont le concept est sensiblement le même. Il remporte un succès immédiat. « D’autres bloggeuses ont relayé mon message. Dans la foulée, la Slow cosmétique est devenue une association avec un message pré- cis : ‘Il faut consommer moins mais mieux, et en pleine conscience’ ».

Peu à peu, l’aromathérapeute réfléchit à la composition des cos- métiques, et écrit un livre en 2012, « Adoptez la Slow cosmétique », qui fait un tabac.

L’année suivante, L’associa- tion qui gère la marque déposée « Slow cosmétique » remet des mentions pour récompenser les formules « propres ». « Pour ces prix, nous nous sommes inspirés du guide Michelin. À ce jour, en 2015, 86 marques ont été primées, essen- tiellement des produits français et bio. » Parmi celles-ci, épinglons aussi des marques belges telles que Bioflore, Senz, Imwe, Les savons Olila, Seconde nature… Ces marques lauréates se sont rassemblées et vendent depuis avril dernier leurs produits sur slow-cosmetique.com

 

Comment devenir «Slow»?

Si vous êtes addict aux cosmé- tiques classiques mais avez envie de rejoindre le mouvement Slow, Julien Kaibeck recommande quelques gestes simples pour démarrer en douceur.

« Je préconise d’abord de rem- placer le gel douche par un savon saponifié à froid. Celui-ci est en effet exempt de glycérine, d’huile de palme, et de graisses animales. Il peut aussi servir de shampoing de façon ponctuelle. »

Deuxième étape : l’huile végétale, utilisée comme hydra- tant pour la peau. « L’idéal est de la choisir neutre comme celle aux noyaux d’abricot ou de macada- mia. Pour personnaliser ce soin, il est aussi possible d’y ajouter des huiles essentielles.À condition de s’y connaître, bien entendu. »

À la place du tonique, une eau florale (par exemple à la lavande vraie, qui convient à tout le monde) est conseillée pour nettoyer et ré-acidifier le visage.

Le shampoing, enfin, sera dépourvu de silicones. « Ces dernières permettent de rendre les cheveux doux, lisses et soyeux, mais il s’agit d’une microcouche de plastique que l’on applique, sans le savoir, sur sa chevelure. De plus, ces substances ne sont pas trai- tées par les stations d’épuration, et se retrouvent dans l’organisme des poissons. Le mieux est d’opter pour des shampoings qui ont reçu la mention Slow cosmétique ou qui sont certifiés bio. »

Les erreurs les plus courantes

La « faute » la plus fréquente en matière de cosmétique tra- ditionnelle serait d’utiliser un produit pour une seule et même action. Ainsi, la salle de bains regorge-t-elle de démaquillant, tonique,crèmedejour,crèmede nuit, sérum… « En Slow cosmétique, un bon produit est multitâche. L’huile de noyaux d’abricot, par exemple, peut à la fois servir à se démaquil- ler, à s’hydrater, et à se préparer au soleil. » Autre exemple : l’aloe vera qui hydrate, soulage les brûlures, et sert d’après-shampoing pour lisser les écailles des cheveux.

Le « brainwashing cosmétique »

Bourrés de substances chimiques, ne renfermant que très peu d’ingrédients nobles, les cosmétiques conventionnels n’en restent pas moins numéros un des ventes. En cause : un mar- keting agressif, que Julien Kaibeck évoque dans son livre « Adoptez la Slow cosmétique », à travers ce qu’il appelle le « brainwashing cosmétique ».

« À chaque saison, de nouveaux produits fleurissent sur le marché. On les pousse pendant six mois avant d’en sortir d’autres. En effet, la nouveauté fait vendre.Tout comme le prix – si c’est cher, c’est que cela envautlapeine!–etlarareté–les marques classiques n’hésitent pas à parler d’actifs provenant du fin fond de Madagascar pour vendre leur produits, par exemple. »

En dépit d’un grand public mieux informé, le marketing continue à fonctionner à plein régime. « La Slow cosmétique recommande les huiles végétales pour hydrater la peau. L’industrie s’en est emparée il y a deux ans avec l’apparition d’une myriade d’huiles – merveilleuses, prodigieuses,etc. – sur le marché. Or, il s’agit d’huiles « mortes », car la chaîne d’acides gras a été modi- fiée afin d’éviter l’oxydation et de les rendre plus sèches. On y trouve en revanche des silicones et des huiles estérifiées. »

Quels dangers pour notre santé ?

Nous l’avons vu, les cosmétiques traditionnels sont bourrés de substances chimiques, mais quel est leur impact sur notre santé ? « En matière de Slow cosmétique, la préoccupation initiale est la pro- tection de l’environnement. Mais il est vrai que l’enjeu au niveau santé est également préoccupant. Les cosmétiques renferment des perturbateurs endocriniens dont « l’effet cocktail » n’a jamais été étudié et pourrait diminuer la fer- tilité, voire déclencher certaines maladies comme le cancer. La philosophie Slow est que, dans le doute, mieux vaut s’abstenir de les consommer ! »

Quel avenir pour la cosmétique ?

Selon Julien Kaibeck, le « passage au Slow » sera directement lié à l’évolution de nos comportements. « Nous devons changer notre façon
de consommer afin que l’industrie cosmétique suive le mouvement. Cette dernière n’a pas de valeur en tant que telle. Seule la rentabilité compte. Si nous n’achetons plus ses produits, elle n’aura d’autre choix que de s’adapter à la demande en proposant des cosmétiques plus éthiques pour la planète et pour l’homme. »

 

Infos : www.slow-cosmetique.com

 

Virginie Stassen

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Elodie Hubin